touffe de poils
27 03 08
coups de crayon
coups de crayon
En 1962,
Yukio Horie, sympathique japonais qui s'emmerde ferme
le dimanche, donne le biberon à Gokio, son p'tit
dernier. La p'tite boule de chair siffle gentiment le
breuvage, lâche son gaz buccal de rigueur avant
d'être catapulté par son géniteur dans sa niche. Son
berceau.
Ce père aimant mais triste file ensuite dans la cuisine nettoyer le tube nourrisseur de sa progéniture. Il ouvre le robinet, laisse couler l'eau dans le biberon puis, à l'aide d'une éponge, nettoie mollement l'intérieur. Il presse sa main contre l'éponge. De la mousse s'en échappe. Ce petit événement insignifiant à l'échelle de l'univers mais sismique à celle de l'évier le fascine. Le fait turbiner à plein régime. Lui qui fait la moule d'habitude. Il se précipite alors dans son garage où il a l'habitude de bricoler le dimanche. En saisissant au vol du mercurochrome et l'un des nombreux et affreux chapeaux de sa régulière qu'il aime d'un amour émoussé mais confortable.
Se précipiter dans son garage, au Japon, c'est faire cinq petits pas serrés au trot jusqu'à la porte mitoyenne.
Un garage pour bricoler le dimanche, au Japon, c'est cinq planches de bois avec un trou pour rentrer. Puis sortir. Et les outils, c'est un couteau suisse japonais.
Un des nombreux et affreux chapeaux de sa régulière est, dans le cas présent, en feutre. Une touffe de poils de bête ébouillantés. Il découpe un tronçon qu'il fixe au bord du flacon de mercurochrome, cet antiseptique élaboré dans les flammes de l'Enfer. Violemment teinté de rouge.
Un bon demi-centimètre de feutre dépasse du flacon. Il le retourne et patiente sagement dans le chiotte turc qui lui sert de garage. Il attend que le liquide imprègne totalement le morceau de feutre. Puis, délicatement, il saisit du bout des doigts son bricolage du dimanche et l'approche d'une feuille de papier. Et il écrit. Doucement. en pressant légèrement le feutre imbibé contre la feuille.
J'AIMERAIS PAS CREVER UN DIMANCHE.
Cette vérité profonde marque le début d'une invention qui ravira les mômes du monde entier: le feutre. Le stylo-feutre. Qui tire son nom de la matière de sa pointe. Une touffe de poils de bête ébouillantés. Commercialisé en 1963 par Pentel - fabricant d'articles de papeterie.
Contrairement à ses prédécesseurs - la plume & la bille, le feutre utilise une teinture comme liquide d'écriture. Les teintures offre une large palette de couleurs. Un arc-en-ciel liquide et portable. Comparé à la tristesse baveuse des encres.

Ce feutre est le cadeau au Monde de Yukio Horie. Avec le fric empoché pour la vente du brevet, il plaque bien évidemment sa grosse, renie son môme et s'en va dilapider sa fortune aux Maldives. Il crève seul bien entendu, comme un chien suffoquant au bord d'une départementale, le visage dans sa fiente, ses guêtres imbibées d'urine, le goût du sang dans la bouche.
Il crève un dimanche bien entendu. Le sort se doit d'être ironique. Mais il a pleinement vécu bien d'autres.
Je vous emmerde...
Cette vérité profonde marque sa fin. Mais la Vie continue.
Arnaud Loumeau est le genre de mec qui se fait chier comme un rat mort au bahut. Un abonné du radiateur. Une tête dans les nuages. Un peut-mieux-faire.
Ce loustic a comme occupation favorite le gribouillage. Le noircissement de papier. En alternance avec les jeux du Morpion et du Pendu. Ces activités périscolaires rendent Napoléon, le Rhône, la géométrie ou le futur antérieur nettement moins pesants.
Les années passent, les profs abandonnent, les jeux le lassent mais le trait s'affine et surtout, les outils restent: petits carreaux, paquet de feutres.
Pour les couleurs, putain. Les couleurs...
Si le sympathique Arnaud est aujourd'hui certes incapable de résoudre une équation à deux inconnues, tout le monde s'en fout. Parce qu'il a une occupation bien plus délicieuse.
Il dessine ce qu'il voit dans les nuages.



(via Bezembinder)
___________
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Ce père aimant mais triste file ensuite dans la cuisine nettoyer le tube nourrisseur de sa progéniture. Il ouvre le robinet, laisse couler l'eau dans le biberon puis, à l'aide d'une éponge, nettoie mollement l'intérieur. Il presse sa main contre l'éponge. De la mousse s'en échappe. Ce petit événement insignifiant à l'échelle de l'univers mais sismique à celle de l'évier le fascine. Le fait turbiner à plein régime. Lui qui fait la moule d'habitude. Il se précipite alors dans son garage où il a l'habitude de bricoler le dimanche. En saisissant au vol du mercurochrome et l'un des nombreux et affreux chapeaux de sa régulière qu'il aime d'un amour émoussé mais confortable.
Se précipiter dans son garage, au Japon, c'est faire cinq petits pas serrés au trot jusqu'à la porte mitoyenne.
Un garage pour bricoler le dimanche, au Japon, c'est cinq planches de bois avec un trou pour rentrer. Puis sortir. Et les outils, c'est un couteau suisse japonais.
Un des nombreux et affreux chapeaux de sa régulière est, dans le cas présent, en feutre. Une touffe de poils de bête ébouillantés. Il découpe un tronçon qu'il fixe au bord du flacon de mercurochrome, cet antiseptique élaboré dans les flammes de l'Enfer. Violemment teinté de rouge.
Un bon demi-centimètre de feutre dépasse du flacon. Il le retourne et patiente sagement dans le chiotte turc qui lui sert de garage. Il attend que le liquide imprègne totalement le morceau de feutre. Puis, délicatement, il saisit du bout des doigts son bricolage du dimanche et l'approche d'une feuille de papier. Et il écrit. Doucement. en pressant légèrement le feutre imbibé contre la feuille.
J'AIMERAIS PAS CREVER UN DIMANCHE.
Cette vérité profonde marque le début d'une invention qui ravira les mômes du monde entier: le feutre. Le stylo-feutre. Qui tire son nom de la matière de sa pointe. Une touffe de poils de bête ébouillantés. Commercialisé en 1963 par Pentel - fabricant d'articles de papeterie.
Contrairement à ses prédécesseurs - la plume & la bille, le feutre utilise une teinture comme liquide d'écriture. Les teintures offre une large palette de couleurs. Un arc-en-ciel liquide et portable. Comparé à la tristesse baveuse des encres.

Ce feutre est le cadeau au Monde de Yukio Horie. Avec le fric empoché pour la vente du brevet, il plaque bien évidemment sa grosse, renie son môme et s'en va dilapider sa fortune aux Maldives. Il crève seul bien entendu, comme un chien suffoquant au bord d'une départementale, le visage dans sa fiente, ses guêtres imbibées d'urine, le goût du sang dans la bouche.
Il crève un dimanche bien entendu. Le sort se doit d'être ironique. Mais il a pleinement vécu bien d'autres.
Je vous emmerde...
Cette vérité profonde marque sa fin. Mais la Vie continue.
Arnaud Loumeau est le genre de mec qui se fait chier comme un rat mort au bahut. Un abonné du radiateur. Une tête dans les nuages. Un peut-mieux-faire.
Ce loustic a comme occupation favorite le gribouillage. Le noircissement de papier. En alternance avec les jeux du Morpion et du Pendu. Ces activités périscolaires rendent Napoléon, le Rhône, la géométrie ou le futur antérieur nettement moins pesants.
Les années passent, les profs abandonnent, les jeux le lassent mais le trait s'affine et surtout, les outils restent: petits carreaux, paquet de feutres.
Pour les couleurs, putain. Les couleurs...
Si le sympathique Arnaud est aujourd'hui certes incapable de résoudre une équation à deux inconnues, tout le monde s'en fout. Parce qu'il a une occupation bien plus délicieuse.
Il dessine ce qu'il voit dans les nuages.



(via Bezembinder)
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