à l'impossible...
William
Hogarth est un peintre anglais du XVIIIe siècle. Un
féroce. Qui, loin de se contenter de peindre la
trombine des grands du Monde de son temps, va en plus
croquer les moeurs de son époque. Entre deux
portraits d'un prince qui s'emmerde assis dans un
fauteuil trop grand au milieu d'un salon rococo où il
n'y a ni Playstation ni TV câblée, il s'attaque à des
thématiques de société. Le mariage et ses codes trop
serrés pour être sincères, la politique et ses
travers, la prostitution... Il s'en prend à tout et à
tout le monde avec un classicisme formel qui, de
loin, fait passer ses oeuvres pour des croûtes
chiantes à en crever. De près, elle sont savoureuses
à souhait.

Le gars Billy Hogarth cartonne. Ses portraits de têtards blindés de fric et ses fresques de bourgeois mal fagotés se vendent comme des iPods. Putes, coke, liqueurs en tout genre... William se gave.
En 1753, Siècle des Lumières oblige, il publie Analyse de la beauté, un traité en 17 chapitres dédié à la composition picturale.
Un an plus tard, il en rajoute une petite couche : il publie une gravure sur cuivre intitulée False Perspective.

Whoever makes a Design without the knowledge of Perspective will be liable to such absurdities as are shewn in this Frontispiece.
Il montre simplement aux dessinateurs de son époque ce qu'il ne faut pas faire. Sauf s'ils tiennent vraiment à passer pour des cons devant les gonzesses.
D'une certaine façon, en voulant une fois de plus moucher ses contemporains, Hogarth pond ce qui peut être considéré l'ancêtre des figures impossibles - représentations graphiques d'objets contraires aux lois physiques connues de la nature. La scène toute entière est une figure impossible. A y regarder de plus près, bien sûr. De loin, ça n'est qu'une croûte grattée de plus.
En 1764, William Hogarth décède. Les anglais sont tristes mais la Terre s'en fout et continue à tourner.
Près de
deux cents ans plus tard, en 1934, Oscar Reutersvärd,
sympathique artiste suédois, peinturlure allègrement
dans son atelier chauffé. Il griffonne des formes
géométriques. Une étoile à six branches. Puis des
cubes en chacun des sommets. Il en rajoute trois
par-ci par-là, gomme le triangle, s'arrête un
instant. Il éclate de rire.
Hilda, sa charmante compagne, se précipite dans l'atelier chauffé, inquiétée par le rire guttural de son Oscar chéri.
Approche, bibiche. Tu vas être sciée.
Elle contemple le croquis du triangle fait de cubes ainsi formé, cligne des yeux à la vitesse du battement d'ailes d'un colibri puis bécotte le front son choupinet d'amour.
Dessine-le plus grand, mon choupinet d'amour. Les toiles, plus c'est grand, mieux ça se vend.
Cette figure géométrique et ses petites soeurs vont devenir le gagne pain d'Oscar pendant des décennies. Pas moins de 2500 figures géométriques de la sorte - impossibles - vont voir le jour grâce au pinceau du sympathique suédois.


Ce n'est pourtant qu'en 1958 que cette forme trouvera un nom en la personne de Roger Penrose, mathématicien anglais. Est publié cette année-là dans British Psychology Magazine un long article de Penrose, qui donne à voir le croquis d'un triangle proche de celui de Reutersvärd, où il théorise sur ces objets impossibles.
L'impossible dans sa forme la plus pure.
Et le triangle de Penrose fut. Et l'escalier aussi. Et d'autres encore.
Malgré le fait qu'il soit mathématicien, Roger a des amis. Il envoie l'article à l'un d'entre eux, Mauritz Cornelis Escher, qui déteste pardessus tout qu'on le prenne pour un mathématicien.
Monsieur est artiste. Hollandais de surcroît.
Grosse pression, le mec. Il est pas le premier.
C'est non sans fascination que Mauritz contemple les pures formes des impossibles objets de son ami Roger. Ces travaux vont considérablement l'influencer. Lui qui s'intéresse déjà depuis des années aux illusions d'optique, il pousse le vice en jouant à son tour avec les perspectives.
En 60-61, il présente Chute d'eau & Montant-Descendant.
L'impossible mis en scène.

De l'autre côté du Monde, à Fukuoka, ville située sur l'île de Kyushu, la plus méridionale des îles du Japon, voit le jour, le 3 février 1978, Jun Fujiki. Quelques 28 ans plus tard, il est jeune & beau. Il a goûté aux plaisirs de la chair, aux doux baisers des stupéfiants et à la chaude caresse de l'alcool. Il est également diplômé de Design Interactif et au chômage - car ce n'est pas un vrai métier. Le 6 octobre 2006, il offre gratuitement au Peuple Terrien un petit logiciel baptisé OLE Coordinate System.
Object Locative Environment Coordinate System.
De l'illusion d'optique interactive.
Principe simple comme bonjour: un petit bonhomme déambule sur des blocs et des escaliers, tombe dans des trous, saute sur des bumpers au milieu du vide intersidéral.
De prime abord, c'est impossible.
Mais il le fait quand même.
Environnement entièrement généré en 3D isométrique mais le logiciel interprète ce qu'il y a à l'image en 2D - sur une seul plan donc.

Et ce truc apparemment con comme la lune fascine les mecs du studio de création de Sony Computer qui contactent Jun, lui font un chèque gros comme un kilo de shit, repartent avec le bébé sous le bras puis bûchent comme des malades sur ce qui va bientôt devenir un joujou pour ados attardés et jeunes cadres immatures qui font mumuse avec leur Playstation Portable dans toutes les métropoles atrophiées du monde entier: Echochrome.

Principe simple comme bonjour : une figurine réduite à sa plus simple expression - un truc aussi con qu'un lemming - déambule sur des blocs et des escaliers, tombe dans des trous, saute sur des bumpers au milieu du vide intersidéral.
De prime abord, c'est impossible.
Mais si on change les apparences, ça passe comme une lettre à la Poste.
Un casse-têtes qui n'est qu'une question de point de vue.
Et l'impossible n'est plus.
(via frufi & Ecrans)
___________
en savoir plus:
- Objet impossible & Illusion d'optique
- William Hogarth
- Analyse de False Perspective
- Oscar Reutersvärd
- Roger Penrose
- Maurits Cornelis Escher
- galerie d'images d'Escher
- Jun Fujiki, page perso & page dédiée à OLE Coordinate System
- Echochrome, Wikipedia & site officiel

Le gars Billy Hogarth cartonne. Ses portraits de têtards blindés de fric et ses fresques de bourgeois mal fagotés se vendent comme des iPods. Putes, coke, liqueurs en tout genre... William se gave.
En 1753, Siècle des Lumières oblige, il publie Analyse de la beauté, un traité en 17 chapitres dédié à la composition picturale.
Un an plus tard, il en rajoute une petite couche : il publie une gravure sur cuivre intitulée False Perspective.

Whoever makes a Design without the knowledge of Perspective will be liable to such absurdities as are shewn in this Frontispiece.
Il montre simplement aux dessinateurs de son époque ce qu'il ne faut pas faire. Sauf s'ils tiennent vraiment à passer pour des cons devant les gonzesses.
D'une certaine façon, en voulant une fois de plus moucher ses contemporains, Hogarth pond ce qui peut être considéré l'ancêtre des figures impossibles - représentations graphiques d'objets contraires aux lois physiques connues de la nature. La scène toute entière est une figure impossible. A y regarder de plus près, bien sûr. De loin, ça n'est qu'une croûte grattée de plus.
En 1764, William Hogarth décède. Les anglais sont tristes mais la Terre s'en fout et continue à tourner.
Hilda, sa charmante compagne, se précipite dans l'atelier chauffé, inquiétée par le rire guttural de son Oscar chéri.
Approche, bibiche. Tu vas être sciée.
Elle contemple le croquis du triangle fait de cubes ainsi formé, cligne des yeux à la vitesse du battement d'ailes d'un colibri puis bécotte le front son choupinet d'amour.
Dessine-le plus grand, mon choupinet d'amour. Les toiles, plus c'est grand, mieux ça se vend.
Cette figure géométrique et ses petites soeurs vont devenir le gagne pain d'Oscar pendant des décennies. Pas moins de 2500 figures géométriques de la sorte - impossibles - vont voir le jour grâce au pinceau du sympathique suédois.


Ce n'est pourtant qu'en 1958 que cette forme trouvera un nom en la personne de Roger Penrose, mathématicien anglais. Est publié cette année-là dans British Psychology Magazine un long article de Penrose, qui donne à voir le croquis d'un triangle proche de celui de Reutersvärd, où il théorise sur ces objets impossibles.
L'impossible dans sa forme la plus pure.
Et le triangle de Penrose fut. Et l'escalier aussi. Et d'autres encore.
Malgré le fait qu'il soit mathématicien, Roger a des amis. Il envoie l'article à l'un d'entre eux, Mauritz Cornelis Escher, qui déteste pardessus tout qu'on le prenne pour un mathématicien.
Monsieur est artiste. Hollandais de surcroît.
Grosse pression, le mec. Il est pas le premier.
C'est non sans fascination que Mauritz contemple les pures formes des impossibles objets de son ami Roger. Ces travaux vont considérablement l'influencer. Lui qui s'intéresse déjà depuis des années aux illusions d'optique, il pousse le vice en jouant à son tour avec les perspectives.
En 60-61, il présente Chute d'eau & Montant-Descendant.
L'impossible mis en scène.

De l'autre côté du Monde, à Fukuoka, ville située sur l'île de Kyushu, la plus méridionale des îles du Japon, voit le jour, le 3 février 1978, Jun Fujiki. Quelques 28 ans plus tard, il est jeune & beau. Il a goûté aux plaisirs de la chair, aux doux baisers des stupéfiants et à la chaude caresse de l'alcool. Il est également diplômé de Design Interactif et au chômage - car ce n'est pas un vrai métier. Le 6 octobre 2006, il offre gratuitement au Peuple Terrien un petit logiciel baptisé OLE Coordinate System.
Object Locative Environment Coordinate System.
De l'illusion d'optique interactive.
Principe simple comme bonjour: un petit bonhomme déambule sur des blocs et des escaliers, tombe dans des trous, saute sur des bumpers au milieu du vide intersidéral.
De prime abord, c'est impossible.
Mais il le fait quand même.
Environnement entièrement généré en 3D isométrique mais le logiciel interprète ce qu'il y a à l'image en 2D - sur une seul plan donc.

Et ce truc apparemment con comme la lune fascine les mecs du studio de création de Sony Computer qui contactent Jun, lui font un chèque gros comme un kilo de shit, repartent avec le bébé sous le bras puis bûchent comme des malades sur ce qui va bientôt devenir un joujou pour ados attardés et jeunes cadres immatures qui font mumuse avec leur Playstation Portable dans toutes les métropoles atrophiées du monde entier: Echochrome.

Principe simple comme bonjour : une figurine réduite à sa plus simple expression - un truc aussi con qu'un lemming - déambule sur des blocs et des escaliers, tombe dans des trous, saute sur des bumpers au milieu du vide intersidéral.
De prime abord, c'est impossible.
Mais si on change les apparences, ça passe comme une lettre à la Poste.
Un casse-têtes qui n'est qu'une question de point de vue.
Et l'impossible n'est plus.
(via frufi & Ecrans)
___________
en savoir plus:
- Objet impossible & Illusion d'optique
- William Hogarth
- Analyse de False Perspective
- Oscar Reutersvärd
- Roger Penrose
- Maurits Cornelis Escher
- galerie d'images d'Escher
- Jun Fujiki, page perso & page dédiée à OLE Coordinate System
- Echochrome, Wikipedia & site officiel