Lenna, tout simplement
24 01 08
coups de crayon
coups de crayon
Pas de quoi faire bander un mort.
C'est alors que se pointe, la gueule au vent, le p'tit Billy. Le stagiaire souffre-douleur du moment. Boutonneux à souhait. Romantique en secret. Amateur de belles donzelles en petite tenue. Et généreux avec ça: du genre à montrer aux copains quand il en dégote une.
Dans ses mains, le numéro de novembre 1972 de Playboy - son préféré à ce jour. En double page centrale, comme de coutume, la playmate du mois:

Lena Sjööblom. Mais tout le monde l'appelle Lenna Soderberg. Il y aurait une histoire de phonétique derrière tout ça.
Elle est née en Suède en 1951, le 31 mars exactement. Elle a 21 ans à l'époque du cliché. Elle rêve de devenir actrice et top modèle. Elle est déjà mariée. Et comblée.
Elle déteste les hommes en short, avec chaussettes blanches à mi-mollets et chaussures noires. Elle aime lire, écouter de la musique, jouer avec son chien et faire l'amour avec son mari. Mais jamais tout en même temps.
Elle est fan des Bee Gees et d'Ingrid Bergman.
Elle rêve d'une grande maison en Europe, avec un grand jardin et une tripotée de gamins qui crapahutent dans tous les sens.
Tout ça, c'est le genre d'informations contenues dans la fiche signalétique qui accompagne le cliché. Histoire de faire un peu connaissance.
Dans nombre de laboratoires d'imagerie électronique se trouve cette image de Lenna. Une partie de celle-ci. Celle qui a retenu l'attention de nos scientifiques. Un carré de 5,12 pouces. Avec de la couleur, du détail, des formes.
Non, pas son cul. Nous parlons là de scientifiques, s'il vous plaît. Son visage. L'un des laborantins saisit une paire de ciseaux et s'attelle à la tâche. L'échantillon est ensuite scanné et analysé. Le tout est envoyé à une conférence internationale de gens sérieux qui parlent de choses sérieuses.
Et Lenna devient légende.
Aujourd'hui, si l'on sait échantillonner une image numérique, la compresser tout en la gardant lisible, la diffuser sur un site internet, c'est un peu grâce à ce regard troublant, cette épaule appétissante et ces lèvres délicates légèrement déformées par ce sourire énigmatique.
Et ce chapeau...
Aujourd'hui encore, dans tous les laboratoires de recherche & développement de traitement d'image numérique, Lenna rencontre bien plus de succès que n'importe quelle mire.

En 1997, Jeff Seideman, quelqu'un de sérieux qui parle de choses sérieuses, se voit confier la charge d'organiser la 50e conférence annuelle de la Society for Imaging Science & Technology (IS&T). Cinquantenaire oblige, il faut marquer le coup.
Il contacte plusieurs laboratoires des États-Unis, avec une idée derrière la tête.
C'est qui?
Il obtient invariablement la même réponse.
C'est Lenna.
Il s'obstine.
Lenna comment?
Le flegme scientifique opère, invariablement.
Lenna, tout simplement.
Il se tourne alors vers ses homologues suédois. Aussi peu bavards mais qui savent réexpédier un mail. Encore & encore.
You've got mail.
Un téléphone et une adresse. En Suède. Près de Stockholm.
Pour ce faire, Seidman sollicitera le soutien du magazine Playboy. Quelques années plus tôt, la direction du magazine avait intenté un procès comme la moitié des chercheurs en imagerie numérique de la planète pour utilisation frauduleuse de l'image et violation du copyright.
Le magazine s'est un peu enflammé sur ce coup-là. Ils ont entre-temps abandonné leurs poursuites. Et financent, en mai 1997, le voyage de Lenna à Boston, où se déroule la conférence.
Le 20 mai, sur l'estrade de l'amphithéâtre, apparaît une dame de 46 ans, souriante & radieuse, qui se voit attribuer le titre honorifique de First Lady of the Internet.
Lenna, tout simplement.
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en savoir plus:
- The Lenna Story
- The search for Lena
- Geek Love (PhotoshopNews)
- Fiche de Lenna sur Playboy.com
- Image originale
- échantillon utilisé