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La p’tite histoire des coquelicots · 2/2

Mickey voit rouge

Dans l’épisode précédent: au cours des années 40, Disney, pour diversifier ses sources de revenus, se met à produire des films institutionnels destinés aux entreprises. L’un d’entre eux a longtemps eu le statut de légende urbaine.

La résurrection

JimHillMedia.com est un site d’actualités sur l’animation qui focalise son attention sur tout ce qui va, est ou a été pondu par la Souris ou par son père moustachu. Le 11 janvier 2005 à 16h00, heure américaine, est mis en ligne un article de Wade Sampson. Ce dernier y relate sa rencontre avec Jim Korkis, historien de Disney.

C’est pas un vrai métier, çà.

Korkis, collectionneur avant tout, a des perles dans ses archives: mugs, stylos, gommes en forme de Mickey et klaxons à l’effigie de Donald Duck. Il est également en possession d’une copie de la légende urbaine, produit en 1946 par Disney pour Kotex Products.

After World War II, Walt decided he needed to diversify and also wanted to make use of all the experience his studio had gained in making training films for the military. So Walt began to explore the possibility of making educational films for schools and other clients. One of those films, not seen in decades, has become almost a Disney urban myth.

40 ans plus tard, le secret est déterré mais, à l’exception des quelques 105 millions d’adolescentes qui ont vu le film pendant les années 50 à 70, personne n’a vu la chose. Et les pré-pubères se contrefichaient éperdument du générique.

BoingBoing, immense blog fourre-tout renifleur de trucs sur la Toile, publie un billet, le 16 janvier 2006, sur un fichier téléchargeable illégalement sur les réseaux peer-to-peer. Il s’agit d’une vidéo au format .mpg pesant 102 Mo. Le fichier .torrent contenant les métadonnées nécessaires au téléchargement a été créé le 10 janvier 06 à 2h32, heure française. Le lien a été posté sur le forum de Tracker 3 puis relayé par Mininova et Torrentspy, moteurs de recherche.

Digital cinema expert Patrick Von Sychowski tells Boing Boing:

This short film, described as [u]ndoubtedly the most obscure and esoteric animated film ever produced by the Disney empire”, recently re-surfaced on several P2P networks.

Dans les jours qui suivent, l’un des premiers petits malins à avoir téléchargé le fichier le propose sur Youtube. Comme tout contenu qui suscite l’intérêt, cette vidéo fait le tour du net. Au fil des mois, chaque blog y va de son petit billet pour informer ces lecteurs. Une petite année est nécessaire pour que cette histoire remonte aux oreilles de la souris sympathique.

Comme tout contenu soumis aux droits d’auteur, les détenteurs desdits droits tombent sur le dos de Youtube et somment ses responsables de corriger le tir. Balayer sous le tapis le plus vite possible avant que les invités arrivent.

Les sourires se figent, les flashs crépitent, la magie opère.

Oui mais voilà: selon les lois de la propriété aux États-Unis, si le copyright n’est pas renouvelé à temps, une œuvre produite entre 1923 et 1977 tombe dans le domaine public.

Et Mickey voit rouge.

The Story of Menstruation

Un film didactique qui explique aux jeunes filles ce qu’il en est de ces événements naturels. Avec de légères pointes d’humour. Ancré dans les perceptions de l’époque. Le discours est policé mais va droit au but.

Un film qui plaît au client, Kotex. Qui va diffuser ce film dans des centaines de collèges états-uniens pendant une vingtaine d’années. À l’issue de la diffusion, chaque jeune fille se voit remettre un livret, intitulé Very Personnally Yours, reprenant en détails les sujets abordés dans le court-métrage. Et présentant au passage toute une gamme de produits destinés à l’usage exclusif des femmes. Fabriqués par Kotex.

Une collégienne est une jeune femme en devenir. Donc une cliente potentielle. Disney signe là un film simple. Donc pas cher. Des animations utilisées en boucle compensées par la narration très didactique en voix-off. Peu de musique: un seul thème, réutilisé.

Une excellente source de revenus pour Disney. Qui n’apparaît dans aucun coffret collector.

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