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Musique en images 3

C’était l’époque des yé-yé

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il fut un temps où Youtube n’existait pas. Passé lointain où la télévision diffusait des images en noir et blanc sur des écrans ronds comme des ballons. À cette époque, ce média n’était pas encore ce pathétique dinosaure agonisant qu’il est devenu. Mais c’était déjà un bon gros pachyderme institutionnel quand même, au service du pouvoir. Culturellement frileux. Tenter d’y promouvoir la création — même destinée au grand public — revenait à agiter les bras jusqu’à épuisement devant des moulins en espérant qu’ils vous laissent brasser plus d’air qu’eux. Impossible démarche, donc. Il valait mieux trouver — créer? — son propre réseau de diffusion.

La triste fin du petit enfant

L’édifice de la Scopitone Inc. commence doucement à se craqueler dès 1966, suite à la publication d’un article dans le Wall Street Journal où il est fait référence à certains investisseurs du projet original de Malnik qui seraient peut-être liés à certaines branches de la Mafia. Du conditionnel, certes, mais qui fait mal à la gueule quand même. En surface cependant, tout semble plus dynamique que jamais. Des artistes signent des contrats pour produire des scopitones en quantité; Tel-A-Sign trouve un nouveau distributeur pour tenter d’augmenter son parc; les droits avec la CAMECA sont renégociés; des projets de placement de publicité entre chaque film sont à l’étude… Bref, l’activité semble toujours d’actualité. En réalité, le navire sombre tranquillement. Pas une seule machine n’est vendue au cours du premier trimestre 67. Déjà en 66, Scopitone Inc. accuse des pertes importantes; un distributeur se plante en beauté (d’où l’intérêt d’en trouver un autre, et vite). Les liens avec la Mafia reviennent sur le devant de la scène en 69 et propulsent Scopitone Inc. dans le mur.

La triste fin du petit enfant Scopitone sera certes moins grandiloquente en France. Mais inévitable, malgré tout. Le truc austère et gris qu’était la télévision des années cinquante se fait plus légère et conviviale — la variété y a entre temps fait son apparition. Ce qui semblait fou et riche — le Scopitone — désintéresse progressivement car finalement limité.

De part et d’autre de l’océan, ces vilains monstres sont progressivement bazardés dans les greniers et les décharges où ils trônent pathétiquement en accumulant la poussière et l’excrément de pigeon sur les chromes fatigués et ternis. Avant de disparaître complètement de la surface de la Terre, les Scopitones sont détournés de leur utilisation première. Il ne s’agit là, bien sûr, que de reculer pour mieux sauter. Des didacticiels sont montrés aux étudiants en médecine qui manquent encore de pratique dans certaines universités américaines. La NASA l’utilise, sur certains de ces sites ouverts au public, pour présenter des films retraçant les grandes avancées de la conquête de l’espace aux touristes gras du genou et en tatanes. À Lille, le bébé de la CAMECA est utilisé dans les mines de charbon pour expliquer aux ouvriers les consignes de sécurité. Certains Scopitones finiront même leur carrière en tant que cabines privatives — à l’aide d’un triste rideau fixé à une barre de fer — dans certaines échoppes peu reluisantes qui vendent des galipettes filmées salement aux âmes esseulées en quête d’extase artificielle…

Que c’est humiliant…

En 74, la CAMECA arrête la production des machines et des films — car elle participait également au financement de certains d’entre eux — et se tourne vers le secteur industriel et la recherche. Finie la fiesta, bienvenue dans la Matrice.

C’est grave, docteur?

Ce qu’il en reste aujourd’hui, comme souvent avec ses traces d’une certaine forme de culture populaire passée, ce sont des collectionneurs nostalgiques. Les machines sont difficiles à trouver et difficiles à entretenir. Certaines copies des films de l’époque se vendent encore quelques dizaines d’euros sur eBay. Ce qui perdure surtout, c’est une vague image, empreinte de naïveté: les loubards taquinant la boule du flipper, les minettes se trémoussant devant la boîte à musiques en images. Tous et toutes agglutinés autour de ces machines bruyantes, instruments du Malin. Parfois, tout ce joli petit monde se mélangeait; naissaient alors des idylles tendres et passionnées sur fond de Richard Anthony et de multi-balles.

C’était l’époque des yé-yé.

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