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Plein cadre

La vie rêvée d'en bas

Alessandro et ses cheveux, c’est toute une histoire. Ça tombe bien, son meilleur pote Pietro rêve de devenir coiffeur et ne demande que ça — se faire la main sur la touffe de son poto.

Pietro, bien coiffé ou non, a un job de barman dans un troquet du quartier. Il assure aussi les livraisons des cafés et des pâtisseries. Les Napolitains adorent leur café serré, livré à domicile par un têtard en scooter sans casque. Il a meilleur goût, parait-il.

Alessandro, lui, ne bosse pas. L’été démarre, il n’a pas une tune en poche, quelques kilos en trop et un grand besoin d’amour, comme tout être humain normalement constitué, en surpoids ou non.

Ces deux loulous sont le sujet mais pas le point de départ du documentaire d’Agostino Ferrente, Selfie. L’origine est à chercher du côté d’Adama Traoré ou de Steve Maia Caniço. Ou de Davide Bifolco, tué en 2014 par un carabinier lorsqu’il avait 16 ans, dans le quartier de Traiano à Naples. C’est le quartier où Alessandro et Pietro vivent. En 2018, l’année de tournage du documentaire, ils ont l’âge de Davide quand il est mort. C’est un quartier où le principal espoir de survie pour beaucoup de jeunes gens est de rejoindre la mafia locale. C’est le choix qu’Alessandro et Pietro n’ont pas fait. Ils résistent, à leur manière, faisant le choix d’une vie honnête et modeste dans un trou à rats délabré. Ils résistent, avec leurs gueules d’ados et leurs problèmes de poids, de peau, de tifs.

Les journaux donnent la parole à des sociologues, des politiciens, des intellectuels… qui s’expriment sur ces jeunes. Mais jamais personne ne donne la parole à ces jeunes.

— Agostino Ferrente

Pour leur permettre de se raconter et de se mettre en scène librement, le réalisateur a fait sauter ce qui prend de la place et intimide sur un tournage, documentaire ou non : la caméra et le cadreur. La première est remplacée par un smartphone, le second par le bras du sujet — les deux ados. Le résultat est drôle, touchant, un peu couillon comme des ados.

Il faut montrer les choses moches, et pas seulement les choses belles.

— Pietro
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