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Lady Jpeg 6/6 | Épilogue

Avec un seul N

Les épisodes précédents :


Elle a quarante-six ans depuis peu. Elle a trois enfants. Deux filles et un garçon. L’aînée va à la fac. Elle est mariée. Et comblée. Son mari est à la retraite et adore jardiner. Il est toujours aussi fou et rondouillard. C’est pour ça qu’elle l’a épousé. Merci de ne pas lui dire. Elle vit et travaille à Stockholm. Elle est fonctionnaire. Depuis quelques années, elle encadre un groupe de travailleurs handicapés. Ils numérisent progressivement les archives des institutions publiques de la ville. À l’aide d’ordinateurs et de scanners. Elle préfère ne pas évoquer son poids ou ses mensurations. Elle est ravie d’être ici. Même si elle est plutôt surprise par toute cette histoire—elle ne savait pas. Elle remercie Playboy. Pour tout: le voyage, les balades et l’homme qui l’accompagne. Charmant. Et serviable.

Le public boit ses banalités comme du Moët & Chandon. Elle déclenche des sourires et apaise quelques grognes. Elle aussi sourit puis se tait. Pluie de vigoureux battements de main, paume contre paume, du groupe de buveurs de p’tit lait présent dans la salle. Ovation de fan boys. And girls.

Une brève dans le Playboy de septembre 1997 (En bas à droite)Une brève dans le Playboy de septembre 1997 (En bas à droite)

First Lady of the Internet.

Le titre honorifique que lui remet Jeff Seideman, après l’avoir rejointe sur l’estrade. Au nom de tous les convives, certaines et certains inclus. Pas de salaire à vie en cadeau. Ni de statue. Ni même de plaque de rue à son nom — elle n’est pas encore morte. Un simple bouquet d’églantines cueillies sur la colline. Et des roses aussi. Rouges. Qu’elle gardera dans ses mains pour la photo. Le petit souvenir que chaque convive recevra quelques semaines plus tard. Un simple bouquet qu’on lui gardera, pas d’inquiétude, pendant la visite. Des grands panneaux de bois aux abords de la salle du dîner. Et son visage de 1972, répété des dizaines de fois sur ces cloisons. Trituré, flou, accentué, bruité, compressé. Maltraité depuis vingt-cinq ans par les spécialistes en imagerie numérique. De l’imbitable au kilomètre, punaisé par tranches d’A4. Qu’un buveur de p’tit lait en liquette du dimanche lui expliquera. Mais c’est compliqué, les mots simples. Alors un autre reformulera. Une autre précisera. Une autre encore, commentera. À chaque intervention, leur doigt pointé sur le chapeau, regard furtif dans sa direction. L’éclat dans ses yeux, la finesse de ses lèvres. Le dessin de son épaule, dissimulée sous son gilet. Tout est là, encore aujourd’hui.

Regard persistant, parfois.

Playboy est de la partie — un pigiste sera là pendant les explications de l’imbitable. Pour une brève qui paraîtra dans le numéro de septembre, quelques mois plus tard. Pour recueillir ses impressions. Elle se contente de sourire discrètement, amusée par cette singulière renommée.

Lena, tout simplement.

Lena (avec un seul N) et Jeff SeidemanLena (avec un seul N) et Jeff Seideman


Cette série de billets n’auraient jamais vu le jour sans The Lenna Story de Chuck Rosenberg.

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