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Foyer doux foyer

Le discours des murs

Une chaise est une chaise1. Elle peut être rouge, noire, verte. En bois, en métal, en plastique. Bien vieillir comme voir sa peinture s’écailler. Être confortable ou un vrai caillou. Elle reste une chaise.

Chez soi, c’est plus compliqué. C’est un endroit. Adoré, haï, protecteur, étouffant. Des bruits de vaisselle aux portes qui claquent, des recoins sombres aux jardins lumineux, des murs ternis aux baies vitrées, des grincements du parquet aux crissements du lino, chez soi change. Selon le jour, le lieu et l’humeur.

Trois maisons ci-dessous. Dont les murs qui les composent et les objets qu’elles contiennent racontent celles et ceux qui les habitent — qui les ont habités.

Dans les trois œuvres, l’espace — un endroit — est utilisé pour raconter et faire ressentir. Ce n’est pas un prétexte, mais bien un support, un vecteur de la narration et des émotions.

La maison de la plage

Une famille passe tous ses étés en Loire Atlantique depuis trente ans. Une autre famille les a précédés avant de leur céder.

C’est un mur — un pan de mur, pour être exact — avec un vieux papier peint à motif montgolfière qui a trois fois rien à dire. La famille n’y touche pas, parce que «c’est une promesse», un tout petit secret de rien du tout transmis d’une famille à l’autre. Et parce qu’il y a d’autres problèmes: il faudrait vendre, mais s’y résoudre est difficile.

Faire entrer la lumière →

Gone home

Katie rentre chez elle, dans l’Oregon, après un an de voyage en Europe entamé à la fin de ses études. C’est le milieu des années 90: les VHS sont encore les reines des soirées télé, le grunge assassine les oreilles des ados. Chez elle, c’est une maison qu’elle ne connait pas. Ses parents et sa petite sœur ont déménagé en son absence. Ce soir-là, il n’y a personne pour accueillir Katie. À part la pluie, l’orage, les pièces intimidantes, et le foutoir d’une famille dont le déménagement traîne en longueur.

En découvrant cette maison, elle redécouvre sa famille: Sam, sa petite sœur, qui se cherche; son père, en peine avec ses ambitions avortées; sa mère, cherchant à combler un manque. Des archétypes, certes, racontés ici avec pudeur er subtilité.

Tout se comprend par petites touches: ici un courrier administratif; là des notes et des dessins échangé·e·s entre lycéennes; ailleurs des piles de livres invendus, entassés dans un débarras; plus loin les lettres d’une vieille amie. C’est le milieu des années 90: avant les SMS, avant les mails, avant les réseaux sociaux. À une époque où les échanges entre personnes laissaient encore des traces tangibles.

C’est simplement intime. C’est ce qui en fait toute la beauté.

Retrouver les siens →

What remains of Edith Finch

Cette maison est un sacré personnage. Au fil des ans, la matriarche a imposé un principe simple: dès qu’un·e membre de la famille meurt, sa chambre est scellée, en l’état. Pour se souvenir, et pour conjurer le sort: toutes et tous meurent à la maison. À des moments différents, dans des circonstances différentes, mais à la maison. À l’inverse, lorsque la famille s’agrandit, une nouvelle chambre est construite. Au fil des ans, le lieu passe de vaste demeure à improbable bâtisse.

Des dizaines d’années (et quatre générations) plus tard, la dernière de la famille, âgée de 17 ans, revient dans la maison, pour comprendre.

Manette en main, on découvre les lieux, on revit chaque décès, on reconstitue l’histoire. Surréaliste, émouvante, très bien écrite.

Ce truc-là est un bijou.

Forcer les serrures →


  1. Rappeler des évidences fait toujours du bien.

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